Je suis arrivée en avance, on m'a accompagnée à la table, j'étais plutôt à l'aise, assez excitée par la nouveauté, l'originalité de cette soirée. Très vite, j'ai trouvé mes répères, habitué mes yeux à l'obscurité. Entendu à la table voisine "Même dans mes rêves les plus noirs, il ne fait pas aussi noir". Je laisse mes mains se balader, reconnaitre, repérer. Je ne sais pas où regarder quand le serveur s'adresse à moi, je note, déjà, au bout de quelques minutes, que j'ai l'attitude qu'ont les aveugles, la tête de coté, tendant l'oreille vers d'où vient le son, plutôt qu'orientant mon regard vers le visage de l'autre.
Au début, j'ai peur de me sentir oppressée, et puis, comme la conversation m'emmène, comme mon attention se porte sur ce qui ne se voit pas, j'oublie complètement l'environnement, qui pourtant me laisse la liberté la plus totale, celle de ne pas être en représentation. Je souris, à l'évocation de certains sujets, quand j'entends certaines tournures de phrase, je fais la grimace, parce que j'ai trop chaud, parce que je me prends une branche de je-ne-sais-pas-ce-que-je-mange dans le nez... L'avez-vous vu ?
Dans le noir - 51, rue Quincampoix, 75004.
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