Loin là bas

Par hasard, hier soir, alors que je me trouvais moi-même au bout du monde (rue Oberkampf, pff, c'est supra loin..), suis tombée sur ce cher pdf - depuis combien de temps on ne s'était vus ? Ben le temps d'une cigarette sur le trottoir, pour l'occasion, soit quoi, 5 minutes, on a eu le temps de prendre les dernières nouvelles de nos vies, j'ai eu le temps de lui exposer la théorie du chemin de vie (copyrighté Docthib, qui venait juste lui, de me l'exposer - fera-t-il un post à ce sujet ?), et que je vais d'ailleurs m'employer à appliquer. Hasard et plaisir des rencontres.

Une journée au Berkeley

Pas encore de bureau, un QG, pour tenir réunions et rendez-vous.
Le matin, les petits déjeuners business entre hommes d'affaires. Un deal se conclue ? Un autre avance.
A midi, ça se remplit, toujours les business men, et quelques jolies ou vulgaires femmes du 8ème, invitées, choyées (plus souvent vulgaires que jolies d'ailleurs), qui restent à table jusqu'à bien tard. Ca drague avant de se quitter, ça minaude et ça sourit, et puis ça se sépare. Monsieur chausse ses lunettes et monte sur un scoot' puissant, et elle dans un coupé mercédes, sac Dior au bras, ongles soignés.
Vers 16h, le thé des mamies qui se retrouvent, et ça papote, et ça papote. Et ça sent le patchouli et la laque à cheveux. Et ça cliquette les bracelets et les colliers.
Et, dans l'après-midi, quelques solitaires qui enchainent les drinks, journal et téléphone portable dernier cri à la main.

La réceptionniste

P1010896 A l'accueil chez nous, ça tourne pas mal. La boulot d'hôtesse est quand même souvent à durée très déterminée. Soit la miss ne fait pas l'affaire, soit elle est vite saoûlée d'un boulot pas forcément hyper drôle, soit elle est là en attendant qu'autre chose commence. Du coup, les têtes changent souvent.
Difficile de se rappeler tous les prénoms. Mais elle, tout de suite, j'ai pris le soin de le lui demander, de me présenter. De lui demander combien de temps elle restait. Durée indéterminée a priori. Parce que de son visage fin, de son sourire, des ses quelques rides, transparaît tout l'intérieur. Douce, gentille, fragile certainement, vulnérable aussi du coup. Qui en a certainement un peu bavé, aussi.
J'ai très envie de lui dire tout ça, qu'elle est une belle personne, que ça se sent, que ça se voit, que ça fait plaisir à voir, qu'elle m'émeut, et que je lui souhaite sincèrement que tout aille bien.

Mais je crois bien je vais passer pour une folle, ou pire, je vous fais pas de dessin !!!...

Mmoui.. et alors, vous m'direz..

Les remèdes de Mama Nit

P1010699_2Ses petits, tout petits pieds, étaient tout gonflés. Pleins d'eau. Les lui masser ne suffisait pas. Elle a, avec lenteur, ouvert un sac d'herbes. De la menthe, probablement. Autre chose que je n'ai pas identifié. Coupé les herbes avec flegme. Toujours l'air de faire les choses pour la première fois. Elle a ajouté de la citronnelle, tranché fin. Erré, sans que nous comprenions ce qu'elle voulait, ce qu'elle cherchait, pour mettre la main sur un sachet en tissu, une pierre. Collé la pierre sur la flamme, puis dans le sachet rempli des herbes humidifiées. Qui viendra s'appliquer sur ses pieds. Et dans une heure, il n'y aura plus d'oedème.

Paris je t'aime II

P1000345Jeudi après-midi, dans le 13ème arrondissement, je m'assois sur un banc, déjà occupé, à l'autre bout, par une jeune asiatique. Je ne me souviens pas si cet homme était déjà là, entre elle et moi, ou s'il est arrivé après. Toujours est-il que je ne l'ai pas vu debout. Mais je crois qu'il était petit,. Il avait les cheveux gominés et peignés sur un crâne peu fourni, formant une banane à la Elvis. Il sentait l'after shave de mauvaise facture. Et il lui parlait, il lui chantait love me tender, love me sweet, never let me go... Elle souriait, par politesse, je crois.
Quelques minutes plus tard, elle était rejointe par ceux qu'elle attendait. Les a brièvement présentés, puis ils sont partis. Lui est resté. S'est tourné vers moi, et m'a dit "Vous avez vu, j'ai du succès avec les femmes. J'adore les asiatiques, je les trouve très jolies, vous avez vu, je lui plaisais, hein ?". J'acquiesce, et le relance, il a envie de parler. Et il parle, il parle, m'attendrit, me raconte qu'il est chanteur, qu'il chante Elvis, depuis des années, me montre le badge qu'il porte, à son effigie, dit qu'à 38 ans, il est trop tard pour faire une vraie carrière, c'est dommage parce qu'il le sait, il a du talent. "Mais hier soir, à la fête de la musique, ils avaient mis la musique trop fort, on m'entendait pas."
Et puis moi aussi j'ai été rejointe par ceux que j'attendais, et je l'ai laissé là, à chercher, à attendre la femme de sa vie, son asiatique.

Carte de visite

P1000560J'ai passé un entretien avec lui il y a plus de 3 ans. Je l'avais un peu pris pour un savant fou, il m'expliquait, à moi qui cherchais un job, qu'il me recevait parce qu'il avait trouvé mon nom joli, et d'où vient-il ? qu'il n'avait pas vraiment de poste... Il me racontait que ses autres métiers dans la vie, c'étaient l'horticulture et la viniculture. J'étais restée un bon moment, on avait du finir par parler de la vie et de la mort, ou de la difficulté qu'ont les hommes à dire "je".

Je l'ai retrouvé la semaine dernière, client cette fois. Contente de le recroiser, c'est rare les originaux dans ce métier. Il m'a reconnue. A mon nom ?
Pendant la réunion, il a regardé ma carte de visite, avec un air serein, son sourire de savant fou, et il a dit, posément, c'est joli comme titre, directeur de.. mission ; mission, c'est un joli mot.

Dans le noir

Dans_le_noir Je suis arrivée en avance, on m'a accompagnée à la table, j'étais plutôt à l'aise, assez excitée par la nouveauté, l'originalité de cette soirée. Très vite, j'ai trouvé mes répères, habitué mes yeux à l'obscurité. Entendu à la table voisine "Même dans mes rêves les plus noirs, il ne fait pas aussi noir". Je laisse mes mains se balader, reconnaitre, repérer. Je ne sais pas où regarder quand le serveur s'adresse à moi, je note, déjà, au bout de quelques minutes, que j'ai l'attitude qu'ont les aveugles, la tête de coté, tendant l'oreille vers d'où vient le son, plutôt qu'orientant mon regard vers le visage de l'autre.
Au début, j'ai peur de me sentir oppressée, et puis, comme la conversation m'emmène, comme mon attention se porte sur ce qui ne se voit pas, j'oublie complètement l'environnement, qui pourtant me laisse la liberté la plus totale, celle de ne pas être en représentation. Je souris, à l'évocation de certains sujets, quand j'entends certaines tournures de phrase, je fais la grimace, parce que j'ai trop chaud, parce que je me prends une branche de je-ne-sais-pas-ce-que-je-mange dans le nez... L'avez-vous vu ?

Dans le noir - 51, rue Quincampoix, 75004.

Il y en a qui ne reculent devant rien

Lamricain_1 Trouvé sur ma selle à l'heure du déj', après un rapide rendez-vous avec mon cher banquier...

Cousinade

Img_4335Dans les réunions de famille, il y a ceux que vous n'avez jamais vu, et qui, en deux minutes, vous ont brossé le tableau le plus complet de leur vie, leurs réussites, leur accomplissement.
Il y a ceux qui cherchent à comprendre ce que vous faites, sans y parvenir, alors que patiemment vous essayez de le décrire le plus simplement possible, sans savoir si c'est digne d'intérêt.
Il y a ceux qui vous interrogent, pour mieux rebondir sur eux, sur leurs préoccupations.
Il y a ceux qui ont vieilli, et ceux qui n'ont pas changé.
Il y a ceux qui se ruent sur les gateaux.
Il y a celui qui regrette d'être cousin tant il vous sauterait bien dessus.
Il y a les nostalgiques, qui racontent les précédentes réunions, les histoires, les souvenirs.
Il y a les éclats de rire, les discussions courtoises, les mises à jour.
Il y a ceux qui organisent et s'affairent, ceux qui rassemblent.
Il y a ceux avec qui, même après des années, vous plaisantez illico.
Il y a les nouveaux, les pièces rapportées, les petits qui courent partout.
Il y a les plus vieux, heureux d'être là, entourés, malheureux de constater les dégats du temps.

Le Grisham de la finance

Stephen_frey Une rencontre assez bluffante me revient en mémoire. Il y a un moment déjà, avant de partir pour NY, et à la recherche d'un bouquin où je rencontrerais des termes financiers, histoire de me familiariser avec le vocabulaire, un ami me recommande les quelques livres de Stephen Frey. Je jette mon dévolu sur The Takeover, qui s'avère parfaitement remplir son rôle : distrayant, instructif, laissant rêveuse et contribuant à enthousiasmer voire impressionner, une jeunette qui part faire ses armes in the Big Apple (un héros éthique au milieu d'intrigues, de complots et de manigances financières, les secrets au milieu des tours, les influences... du bon thriller financier, disons).
Et mon premier jour, dans le bureau d'un de mes boss, le livre, en exposition. Ni une ni deux, j'en fais l'éloge. Il se trouve que je tape dans le mille, puisqu'il fait partie de la liste des gens remerciés, et que, quelques semaines plus tard, I got to meet, spend an evening, and work with the author.

[Je me plais à penser que, quelque part dans ses derniers romans, on rencontre une française fraîchement débarquée...]

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